La pensée de la différence sexuelle

Giorgia Salatiello

La théorie du gender dans ses formulations radicales nie toute signification proprement humaine à l'originelle différence entre l'homme et la femme et interprète ce qui les différencie comme une construction purement socioculturelle qui, en tant que telle, peut être reconstruite en confiant à la liberté de chacun des sujets le choix de son identité sexuelle personnelle, indépendamment des données biologiques.

Il ne fait aucun doute que, sur le plan de la diffusion dans l'opinion publique, cette approche est certainement la plus connue, mais au niveau de la réflexion philosophique proprement dite, la pensée de la différence sexuelle n'est en rien ignorée et nous voudrions ici l'analyser de façon synthétique, en faisant référence à la définition de Luce Irigaray, pour en distinguer les aspects positifs et les limites intrinsèques(1)

En d'autres termes, il faut reconnaître qu'il n'existe aucun sujet humain abstractivement neutre, par rapport auquel la sexuation soit dérivée et successive, . La pensée de la différence sexuelle se distingue entièrement de la théorie du gender déjà à partir de ses prémisses puisqu'elle affirme avec résolution l'originalité de la différence qui est inscrite dans le corps sans lequel l'être humain est inconcevable. Cela signifie qu'en chacune de ses actions un sujet est caractérisé par sa différente appartenance sexuelle et, dans la même mesure, cela signifie une originale ouverture intentionnelle vers l'autre sexe, soit une relation intrinsèque qui est le fondement de tout rapport concret qui s'instaure entre les deux et qui est horizontal, c'est-à-dire à l'exclusion de toute forme de subordination hiérarchique.

mais que la différence se trouve sur le plan de l'essence qui est celle d'une subjection originellement duelle.

De cette façon la différence sexuelle est configurée comme le prototype de toutes les autres différences entre les êtres humains, car personne ne peut être considéré comme une copie réduite et limitée face à un modèle unique et privilégié.

Le rapport entre nature et culture est aussi relu dans l'optique de la différence sexuelle et l'idée est ainsi écartée d'une contraposition entre l'homme vu comme sujet culturel et la femme vue du côté de la nature et donc inférieure, puisque tous les deux sont de par leur nature, intrinsèquement culturels.

De cette analyse extrêmement synthétique vient également en évidence que, par rapport à la théorie du gender, le débat sur la différence sexuelle est beaucoup plus respectueux de l'intégrité de la personne, homme et femme.

Toutefois, au coeur même de ces considérations, il est possible d'entrevoir les limites qui caractérisent cette approche, principalement dans le concept d'essence humaine qui est utilisé et qui pourrait se réduire à l'abstraction d'un concept face auquel seule la différence est concrètement existentielle. Ceci pourrait transforme sa caractéristique originelle en un absolu creusant entre l'homme et la femme un fossé que rien ne peut combler et risquant de compromettre la possibilité même d'une relation entre les sexes.

Du point de vue philosophique, il devient nécessaire d'approfondir le concept de nature humaine qui, s'il est vrai qu'elle ne peut être pensée en dehors de l'originelle différence, il est tout aussi vrai qu'il ne s'agit pas d'une abstraction car elle comprend les caractères d'intelligence et de libre volonté appartenant de manière égale à la femme et à l'homme.

L'anthropologie chrétienne, fondée sur la vision de la femme et de l'homme créés tout deux à l'image de Dieu, en un seul acte qui les a mis dans l'identique humanité originellement différenciée, révèle à ce propos, toute la fécondité qui permet d'assumer les aspects positifs de cette pensée, qui revendique l'originalité de la différence, dans une conception articulée et unitaire dans laquelle l'identité humaine et la différence sexuelle sont harmonieusement intégrées.

 

1 Pour l'analyse complète et la bibliographie cf.: SALATIELLO Giorgia, Donna-Uomo. Ricerca sul fondamento, Napoli, Grafitalica 2000.

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