La culture contemporaine est-elle anti-féminine ? Comment concilier travail et famille ?

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Anne Girault – Femina Europa

La difficulté d’être femme dans les pays développés est liée au progrès de la science et à la diminution de la transmission des savoirs à l’intérieur de la famille.

Dans la société contemporaine la famille est souvent réduite à une mère qui travaille et à ses enfants. Avant la femme dépendait de son mari, maintenant elle dépend de son patron.  Avant la transmission de la culture se faisait en famille sur trois générations, maintenant c’est la télévision et l’école qui façonnent les mentalités.

La cellule familiale comme lieu de vie et d’apprentissage stable et durable a été pulvérisée et broyée par l’industrialisation qui a fait sortir le travail du cadre familial et lui a fait perdre son sens, donc sa valeur.

Le travail extérieur est né à une époque récente

AU XIXème siècle, la fin de l’artisanat et l’arrivée de l’industrialisation ont eu un impact sur la société, les familles et donc les  femmes. Avant la révolution industrielle la famille était l’unité de production et le lieu du travail. La période industrielle a détruit l’artisanat. L’artisan travaillait de ses mains et voyait le fruit de son travail. A l’intérieur de la famille l’homme et la femme pouvaient exercer leur complémentarité dans le travail.

Ensuite au XXème le divorce et l’avortement ont révolutionné la famille et particulièrement la femme, en la blessant profondément dans sa mission et sa nature. Les  femmes ont acquis leur indépendance sexuelle et conjugale mais elles ont perdu le sens de leur mission vis à vis de l’enfant et vis à vis de l’homme. L’enjeu actuel pour la femme mariée dans la société est de conserver sa place dans la famille en tant que mère et épouse tout en travaillant alors que le travail l’éloigne de sa famille.

En parallèle à cet éclatement de la sphère familiale, la fragmentation du travail gêne la transmission du savoir-faire d’une génération à une autre. Avant la révolution industrielle la famille s’organisait pour le travail en commun à la maison, dans la complémentarité des compétences, enfants et adultes.  L’artisanat était basé sur un savoir-faire qui se transmettait  de génération en génération. L’artisan voyait le fruit de son travail. Son travail le reliait au monde naturel.  Son travail respectait le cycle des saisons et demandait une connaissance des éléments naturels. Il n’y avait pas vraiment de travail spécifique féminin mais la femme était respectée et valorisée dans son travail de maîtresse de maison. L’industrialisation a fait perdre la dimension humaine et le contact avec la nature, elle a séparé les éléments en fragmentant le travail.

Maintenant la financiarisation et la technique menacent de nous déshumaniser complètement et de nous faire perdre notre identité humaine, homme et femme. La frontière entre l’animal, l’homme et la machine est devenue poreuse. Tout cela se fait au nom de notre sécurité et de notre bien-être mais en réalité nous nous éloignons de ce qui fait notre humanité, et nos capacités personnelles diminuent.

La dimension de l’être dans le travail féminin

La femme qui travaille à la maison pour sa famille est créative. Le travail domestique fait appel à l’intelligence du cœur.  La femme contribue par son travail à l’épanouissement de ses enfants et de son mari. Elle construit sa famille avec son travail quotidien parce qu’au delà du faire il y a la dimension de l’être. Son savoir-faire aide l’enfant à se construire, à être vivant. Les nourrissons qui étaient élevés par des infirmières qui ne les touchaient pas et ne les regardaient pas ont fini par mourir.

Par exemple : quand elle fait un gâteau elle pétrit la pâte avec ses mains, elle la touche et elle met tout son amour dans ce travail qui va nourrir ses enfants, apaiser leur faim mais aussi combler leur désir d’être aimés.  Ce sera une nourriture pour le corps et pour l’esprit. Maintenant on dit à la femme : quitte ta maison et va à l’extérieur pour gagner de l’argent qui te servira à payer la personne qui gardera tes enfants et à acheter le gâteau que tu fabriquais toi-même auparavant.

Faut-il interdire aux femmes de travailler à l’extérieur et les obliger à rester chez elles ?

Non évidemment mais il faut donner un vrai choix aux mamans et rendre au travail maternel sa dignité et sa valeur. Comment ? voici quelques pistes ?

  1. Revaloriser le travail maternel , le travail domestique, le travail manuel, l’intelligence de la main. La main est au service du cœur.

  2. Demander le respect du repos du dimanche pour que les familles puissent vivre un moment ensemble.

  3. Donner une place au travail invisible et non marchand effectué par la famille, la famille investit pour l’avenir. L’Etat doit soutenir la famille stable et durable avec enfants.

  4. Favoriser la souplesse de la carrière féminine qui intègre des moments où la mère reste au foyer et des moments où elle peut travailler à l’extérieur (étude de MMM 63% femmes souhaitent concilier foyer et travail et 26% souhaitent se consacrer à leur foyer 11% carrière uniquement)

La légalisation de la GPA de la maternité pour autrui, une nouvelle menace, un travail comme un autre ?

Les institutions internationales cherchent à légaliser la GPA avant que les Etats ne l’interdisent

  At the European parliament in Brussels,  we  Femina Europa presented for the Women of the World Platform a statement in favor of policies respecting maternity, the universal recognition and respect of the feminine identity, its dignity and true equality between men and women, asking for an international legislation of the value of the silent and apparently invisible women’s work inside their families, an international frame of policies of protection for working women, and a universal prohibition of surrogate motherhood.

La Déclaration comporte 10 affirmations et 5 demandes concernant l’identité féminine, le gender et la maternité. Traduite en sept langues, elle est soutenue par 140ONG à travers le monde. Vous pouvez la trouver et la signer ici : http://www.profesionalesetica.org/statement-of-the-women-of-the-world/

La femme qui attend un enfant sait que le lien qui la relie à cet enfant est unique et éternel.  Elle sait qu’elle en est responsable pour toute sa vie.  La  maternité pour autrui coupe ce lien vital, c’est une perte une déshumanisation.  Cette perte concerne aussi l’homme, le père, qui n’est plus relié à son enfant par la mère mais par un contrat. La femme ne joue plus son rôle vis-à-vis du père. Elle ne présente plus l’enfant à son homme pour qu’il devienne père et qu’il assume ainsi son rôle de protecteur.

Déjà  une femme célibataire peut devenir mère biologique « à l’extérieur de son corps » par le moyen de la fécondation in vitro et de la grossesse pour autrui. Il suffit de payer.

On dit à la femme : ta sécurité dépend de ton salaire, ton autonomie financière est essentielle et ensuite tu pourras fonder une famille avec toutes les garanties. Mais c’est un leurre quand les diplômes ne donnent plus la garantie de l‘emploi et que nous sommes devenus dépendants de la technique au point de ne plus pouvoir nous en passer.
Où est le progrès ?

Ouvrir les yeux et choisir l’écologie humaine

Il faut prendre conscience de ce que nous avons perdu et avoir le courage de prendre un autre chemin. Nous avons des choix à faire. Soit nous nous enfonçons dans le monde inhumain de la techno-économie, soit nous choisissons l’écologie humaine, évoquée par les trois derniers papes avec l’homme et la femme au centre et au sommet de la Création.

Qu’est-ce que l’écologie humaine ? Quelle importance pour la femme ? et la vie éternelle dans tout cela ?

L’écologie humaine c’est l’écologie intégrale donc qui intègre et respecte toutes les dimensions de l’homme, car tout est lié et aucun élément ne doit manquer. Cette écologie humaine devrait permettre aux personnes d’être reliés et donc familles de se reformer, de retrouver un équilibre, de renouer les liens. Les familles ont besoin de passer du temps ensemble, de grandir et vivre ensemble.

Cela passe par une volonté politique et une éducation, une pédagogie pour que l’intelligence et la raison, soutenues par la foi,  soient tournés vers cette ouverture, cet avenir qui nous fait vivre dans l’espérance et la joie, passer la mort et attendre la résurrection pour la vie éternelle avec notre Créateur.

Qui le fera ? Ce sont nous les femmes qui devons le faire ! C’est une question de survie de notre génération humaine. Le pape JP III nous a appelé les « vigiles de l’invisible » le pape Benoit XVI nous a rappelé les principes non négociables et le pape François nous a demandé d’agir pour une écologie humaine en précisant qu’il attendait une théologie de la femme plus visible. Cela ne veut pas dire que nous devons travailler pour nous cela veut dire que c’est à nous de travailler pour l’humanité car nous avons été crées pour cela, pour apprendre aux hommes à vivre et à aimer.



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